Le signal est clair : à Libreville, le temps de l’impunité sur la toile semble révolu. Sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, le Conseil des ministres du 26 février a adopté un projet d’ordonnance visant à encadrer strictement l’usage des réseaux sociaux en République gabonaise. En s’appuyant sur l’article 95 de la Constitution, l’exécutif entend désormais organiser une riposte « publique et judiciaire » contre toute communication numérique jugée capable de provoquer un risque grave ou immédiat.
Une offensive législative qui intervient dans un climat où la viralité des rumeurs et les campagnes de dénigrement en ligne sont devenues des enjeux de stabilité nationale.Mais la véritable innovation de ce texte réside dans son avant-gardisme technologique. Le Gabon devient l’un des premiers pays de la sous-région à vouloir réguler spécifiquement les contenus générés ou amplifiés par les systèmes d’intelligence artificielle (IA). Face à la menace des deepfakes et de la manipulation automatisée de l’opinion, le gouvernement pose les jalons d’un régime de régulation inédit. Il ne s’agit plus seulement de surveiller les claviers, mais de domestiquer les algorithmes pour éviter que la « tech » ne devienne un vecteur de déstabilisation institutionnelle.Cette reprise en main, si elle répond à un besoin réel de sécurité juridique, ne manquera pas de susciter des interrogations au sein de la société civile et des milieux numériques.
Entre la protection de l’ordre public et la préservation de la liberté d’expression, le curseur est délicat à placer. Pour le Gabon, l’enjeu est de transformer un espace numérique souvent perçu comme un « Far West » en un environnement régulé, capable d’accompagner la modernisation du pays sans en fragiliser les fondements. Reste à savoir comment les plateformes internationales, souvent rétives aux législations locales, s’adapteront à cette nouvelle donne gabonaise.


Commentaires