À Libreville, l’heure est au réalisme économique. Lors du Conseil des ministres du 26 février, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a tranché : le retour sous les fourches caudines du Fonds monétaire international (FMI) n’est plus une option, mais une « nécessité stratégique ». En fixant au ministre de l’Économie et des Finances un calendrier serré pour une signature au plus tard en mai prochain, le chef de l’État gabonais cherche avant tout à obtenir le précieux label de crédibilité nécessaire pour rassurer les marchés et débloquer les financements internationaux.
Un exercice important pour un pouvoir qui a fait de la souveraineté nationale son leitmotiv, mais qui doit désormais composer avec les exigences de la finance globale.Toutefois, ce rapprochement avec Washington ne se fera pas à n’importe quel prix. Le président gabonais a tracé des « lignes rouges » claires, érigeant un cadre de négociation qu’il qualifie d’intangible. Au cœur de ce dispositif : la sanctuarisation des projets prioritaires et, surtout, la protection des ménages vulnérables. Pour Libreville, il s’agit d’éviter les erreurs du passé où les cures d’austérité imposées par les bailleurs de fonds avaient fini par fragiliser le tissu social. En plaçant la rationalisation des dépenses et la gestion proactive de la dette sous le signe de la « responsabilité », l’exécutif tente de transformer l’outil FMI en un levier de développement plutôt qu’en une simple camisole de force budgétaire.
Ce choix stratégique marque une nouvelle étape dans la gouvernance de la période actuelle. En refusant de voir dans le recours au FMI un « renoncement », Brice Clotaire Oligui Nguema affirme sa volonté d’utiliser les instruments de la finance mondiale au service de la souveraineté économique du pays. Le défi est de taille : réussir à éliminer les « charges improductives » de l’État sans sacrifier le pouvoir d’achat des Gabonais, tout en finançant le vaste programme national de transformation. Les prochaines semaines de négociations seront donc décisives pour déterminer si Libreville parviendra à imposer son propre rythme à l’institution de Washington.


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