C’est un séisme tarifaire dont l’épicentre se situe à Pékin, mais dont les ondes de choc promettent de remodeler les flux commerciaux du Caire au Cap. Dès le 1er mai 2026, la Chine supprimera les droits de douane sur les importations en provenance de la quasi-totalité du continent africain. En étendant cette franchise à 53 de ses 54 partenaires continentaux, le président Xi Jinping transforme l’essai du Forum de coopération Chine-Afrique (Focac) de 2024.
Seul l’Eswatini, fidèle à ses liens avec Taïwan, reste sur le banc de touche de cette zone de libre-échange de fait, confirmant que pour l’Empire du Milieu, la générosité commerciale demeure le bras armé de la diplomatie d’État.Pour les chancelleries africaines, cette annonce est une victoire symbolique majeure. Déjà premier partenaire commercial du continent, Pékin lève ainsi les dernières barrières techniques pour devenir, plus que jamais, le débouché naturel des économies africaines. Cette mesure s’inscrit dans une volonté affichée de rééquilibrer une balance commerciale chroniquement déficitaire pour l’Afrique, en ouvrant les vannes du gigantesque marché de consommation chinois. Cependant, derrière l’enthousiasme des ministères du Commerce, une question demeure : le continent est-il prêt à exporter autre chose que ses ressources extractives pour profiter réellement de cette manne ?C’est là que le bât blesse et que les analystes de la place de Paris ou de Londres nuancent l’euphorie. Si les droits de douane tombent, la structure des exportations africaines, encore massivement dominée par les matières premières et les hydrocarbures, ne changera pas par simple décret. Sans une transformation locale robuste et une montée en gamme des produits agricoles ou manufacturés, le principal bénéficiaire de cette mesure pourrait bien être l’importateur chinois, qui verra ses coûts d’approvisionnement en ressources stratégiques fondre.
Le défi pour les capitales africaines est donc de transformer ce « cadeau » de Pékin en un levier de diversification industrielle.Au-delà des chiffres, cette manœuvre de Xi Jinping est un coup de maître géopolitique. En pleine recomposition des alliances mondiales et alors que l’Occident multiplie les barrières protectionnistes sous couvert de normes environnementales, la Chine joue la carte de l’accessibilité totale. En consolidant son ancrage en Afrique, elle s’assure non seulement une loyauté diplomatique indéfectible au sein des instances internationales, mais elle sécurise aussi ses chaînes de valeur face aux turbulences du commerce mondial. Pour l’Afrique, l’enjeu de 2026 sera de ne pas rester le simple fournisseur de la croissance chinoise, mais de devenir un partenaire capable de dicter ses propres termes dans ce nouvel espace sans frontières.


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