À Bangui, l’Autorité nationale des élections (ANE) a douché les derniers espoirs de l’opposition. Avec 76,15 % des voix, le président sortant rempile dès le premier tour. Si le camp présidentiel savoure sa « victoire de la stabilité », ses détracteurs crient au hold-up électoral.Il n’y aura pas de second tour. Ce lundi 5 janvier, dans une capitale centrafricaine sous haute surveillance, l’ANE a scellé le sort de la présidentielle du 28 décembre 2025. Le verdict est sans appel : Faustin-Archange Touadéra (FAT) conserve son fauteuil au Palais de la Renaissance avec une majorité écrasante de 76,15 % des suffrages.
Loin, très loin derrière, le chef de file de l’opposition Anicet-Georges Dologuélé plafonne à 14,66 %, suivi d’un Henri-Marie Dondra relégué à la figuration avec seulement 3,19 %.
Le « Professeur » et son verrou de fer:
Pour le camp Touadéra, ce score est la validation d’une stratégie entamée depuis le référendum constitutionnel de 2023. En se posant comme le seul rempart contre le chaos et l’homme capable de pacifier le territoire grâce aux partenariats sécuritaires musclés — notamment avec Moscou —, le « Professeur » a réussi à mobiliser sa base.Pourtant, la participation, estimée à 52,43 %, raconte une autre histoire. Si elle témoigne d’une relative résilience des électeurs dans les zones urbaines, elle souligne aussi le fossé qui persiste dans une partie de l’arrière-pays et le poids du boycott prôné par une frange radicale de l’opposition, qui qualifie déjà ce scrutin de « mascarade électorale ».
La réaction ne s’est pas fait attendre. Dans le camp de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), l’amertume le dispute à la colère. Anicet-Georges Dologuélé revendique d’ores et déjà sa propre victoire, fustigeant des « irrégularités massives » qui auraient entaché le processus.Quant à l’ancien Premier ministre Henri-Marie Dondra, il joue la carte de la rupture totale en demandant l’annulation pure et simple du vote. Selon lui, l’ANE a fait preuve d’une « incapacité flagrante » à garantir la transparence du scrutin.« Nous ne sommes plus en démocratie, mais dans une mise en scène orchestrée par des institutions à la solde du pouvoir », confie à notre rédaction un cadre de l’opposition sous couvert d’anonymat.
L’UA joue l’apaisement, le Conseil constitutionnel en arbitre:
Dans ce climat électrique, les observateurs de l’Union africaine (UA) ont toutefois apporté un bémol aux critiques. Saluant un scrutin « globalement apaisé », ils estiment que les opérations de vote se sont déroulées conformément aux procédures légales. Un satisfecit qui offre une légitimité internationale précieuse à Bangui, alors que la tension monte dans les quartiers populaires.Désormais, tous les regards sont tournés vers le Conseil constitutionnel. C’est à lui que reviendra la lourde tâche de valider définitivement ces résultats provisoires. Entre la volonté de stabilité affichée par l’exécutif et la contestation de rue qui menace de gronder, la Centrafrique entame une nouvelle ère de son histoire politique, sous le signe d’une hégémonie confirmée mais contestée.


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