La culture de la responsabilité, pilier indispensable à toute gouvernance sportive moderne, semble souffrir d’un déficit criant au Gabon, à rebours des standards observés sur la scène internationale. Alors que le président de la Fédération saoudienne de football, Yasser al-Misehal, a récemment fait preuve d’une dignité exemplaire en démissionnant au lendemain de l’élimination précoce de son pays lors de la Coupe du monde 2026, cette posture de retrait fait figure d’exception culturelle.
Ce geste, qui survient après une campagne décevante soldée par une dernière place au sein du groupe H, illustre l’éthique de la redevabilité où le dirigeant assume personnellement les résultats en deçà des attentes.En revanche, le paysage sportif gabonais révèle un contraste frappant avec ces pratiques de haute responsabilité. Après douze années marquées par des échecs récurrents pour la sélection nationale, l’actuel président de la Fédération Gabonaise de Football manifeste une volonté farouche de conserver ses fonctions, comme si la présidence de l’instance était devenue, au fil du temps, un véritable « titre foncier » dont il ne consentirait sous aucun prétexte à se dessaisir. Cette situation cristallise l’incompréhension d’une opinion publique qui aspire pourtant à un renouvellement des méthodes et des hommes au sein de la haute sphère du sport roi.Il est d’autant plus déconcertant d’observer cette obstination au regard des engagements initiaux du dirigeant.
À l’entame de son deuxième mandat, celui-ci qualifiait pourtant ce nouveau chapitre d’ultime, le dédiant symboliquement à l’ancien président aujourd’hui déchu. Cette promesse, largement relayée à l’époque, semble aujourd’hui frappée d’obsolescence face à la réalité d’un maintien prolongé aux affaires. Ce décalage entre les engagements pris et la réalité de l’exercice du pouvoir alimente un sentiment de lassitude chez les passionnés du ballon rond, qui peinent à voir se profiler une alternance salvatrice.In fine, cette situation soulève une problématique structurelle profonde sur la gestion des institutions gabonaises. Là où l’échec devrait mécaniquement conduire à une remise en question et, le cas échéant, au départ des responsables, le système gabonais paraît figé par une volonté de conservation du pouvoir à tout prix. Si le football est le miroir d’une société, l’attachement immodéré de certains dirigeants à leur fauteuil, en dépit de résultats sportifs médiocres, renvoie une image préoccupante de la gouvernance nationale, loin des standards de redevabilité qui fondent la réussite des grandes nations sportives.


Commentaires