La toile gabonaise vient de subir une nouvelle secousse, illustrant une fois de plus la dérive inquiétante de certains acteurs du web local. Cette fois-ci, c’est le pseudo-humoriste Tercar qui est au cœur d’une tempête numérique après avoir mis en scène, dans une vidéo largement relayée, le prétendu « vol de son étoile ». En désignant nommément ses confrères humoristes Antala et Chambre à Louer comme protagonistes potentiels de cette affaire mystico-risible depuis le Bénin, Tercar a franchi une limite où le divertissement bascule dans l’insinuation dangereuse. Une stratégie de communication qui, sous couvert d’humour décalé, sème le trouble sur un terrain où la frontière entre création artistique et calomnie devient de plus en plus ténue.
Ce qui frappe dans cet épisode, c’est la porosité croissante entre le sketch et la recherche effrénée du « buzz » à tout prix. Si certains observateurs y voient une simple mise en scène propre à l’univers de la plateforme, une part grandissante de la communauté, notamment au sein de la diaspora, exprime son exaspération face à cette escalade des polémiques factices. En instrumentalisant des thématiques sensibles comme la sorcellerie ou les rivalités occultes pour attirer l’attention, ces créateurs ne font pas que divertir ; ils banalisent des pratiques qui, dans nos sociétés, demeurent des sujets de crispation sociale profonde, appelant même certains à une intervention des autorités régulatrices.La répétition de ces scénarios, où les rivalités sont montées en épingle pour alimenter l’engagement des communautés, soulève une question de fond sur la maturité de notre écosystème numérique. Lorsque le contenu se nourrit exclusivement de conflits artificiels et de mises en scène insolites, il finit par épuiser la créativité et par lasser une audience en attente de propositions plus qualitatives. Ces sagas humoristiques, qui s’étirent en longueur et se multiplient, rappellent brutalement le débat sur la légitimité des mesures de régulation, comme celles régulièrement évoquées par la Haute Autorité de la Communication (HAC) pour endiguer les dérives sur les réseaux sociaux.
L’enjeu pour les créateurs de contenu gabonais est devenu crucial : faire la différence entre l’humour, qui fédère et libère la parole, et la dérive numérique, qui divise et pollue l’espace public. À l’heure où le digital gabonais cherche à se professionnaliser, ce type de « bad buzz » ne constitue pas un tremplin vers la célébrité, mais plutôt un frein à la crédibilité de tout un secteur. Il est grand temps que ces acteurs de l’internet comprennent que l’audience acquise sur le dos des polémiques stériles est volatile, tandis que le respect du public, fondé sur la qualité du message, demeure le seul véritable gage de pérennité dans l’univers impitoyable de la création numérique.


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