Avis de recherche national : on a perdu de vue les députés de la 14ème législature. Installés depuis six mois dans le confort velouté du Palais Léon Mba, les élus du peuple semblent avoir confondu leur mandat avec une cure de silence monacal. Pendant que le Gabon profond attend désespérément de voir l’ombre d’un écharpe tricolore, les « messieurs et dames » sont occupés à une activité de haute intensité : «bouder». En effet, il se murmure que certains ruminent de sombres colères dès que leurs émoluments osent s’afficher sur leurs comptes après le 10 du mois. Mais on les comprend : comment aller remercier ses électeurs quand le portefeuille a un «petit coup de mou»?
La gratitude, c’est bien, mais avec une indemnité de session, c’est mieux.Sur les bancs de l’hémicycle, le spectacle est tout aussi fascinant. Lors de certaines auditions ministérielles, les sièges vides se multiplient, offrant un panorama désolant de l’absentéisme parlementaire. À croire que les sessions en cours sont devenues un tunnel spatio-temporel dont personne ne ressort. Pendant ce temps, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, tel un chef de chantier omniprésent, doit se coltiner lui-même le service après-vente de ses réalisations. On en vient à se demander si les députés — notamment ceux de l’UDB — ne sont pas devenus des hologrammes politiques, visibles uniquement lors de la signature des fiches de paie, mais totalement volatilisés dès qu’il s’agit de rendre compte de leurs activités au peuple.Le mystère s’épaissit sur l’état des finances de ces « nouveaux riches » de la Ve République. Serions-nous face à la législature la plus fauchée de l’histoire du Gabon ? Il semblerait que sans l’argent du Parti ou le « carburant » des instances supérieures, l’honorable député perd instantanément l’usage de ses jambes pour se rendre dans son fief. L’action politique est devenue un service à la carte : pas de per diem, pas de terrain. Le sacerdoce a laissé place à un mercantilisme de bas étage où l’on attend que la manne tombe du ciel pour aller expliquer aux populations que, promis juré, on travaille dur pour elles entre deux siestes à Libreville.
Finalement, que doit attendre le peuple de ces élus fantômes ? Probablement rien d’autre qu’un nouveau cycle de «jérémiades sur le coût de la vie… dans les quartiers chics d’Akanda». En restant ainsi déconnectés des réalités, tapis dans l’ombre de leurs privilèges, ces députés oublient que le 30 août 2023 n’était pas un chèque en blanc pour l’oisiveté. Si le ridicule ne tue pas, l’indifférence des électeurs, elle, finit toujours par rattraper ceux qui confondent la « Maison du Peuple » avec un club de vacances privé. En attendant le retour (hypothétique) de ces fils prodigues, les Gabonais se consolent en se disant qu’au moins, les fauteuils de l’Assemblée, eux, font bien leur travail : ils soutiennent le poids de l’absence.


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