C’est un débat vieux comme les indépendances qui resurgit avec une force inédite dans les salons feutrés de Libreville et sur les réseaux sociaux. En révisant le Code de la nationalité en ce début d’année 2026, les autorités de Libreville, sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, ont fait le choix d’un retour aux sources qui ne manque pas de faire des vagues. En remplaçant l’ouverture libérale de l’ère Omar Bongo par le concept d’« ascendance autochtone », le nouveau texte (article 21) renoue avec l’esprit du code de 1962 de Léon Mba, qui sanctuarisait alors la notion de « Gabonais de souche ».
Pour les partisans du pouvoir, il s’agit d’une mesure de souveraineté visant à « restaurer » la dignité nationale et à protéger l’accès aux plus hautes fonctions régaliennes.Cette bascule législative marque la fin d’une parenthèse de près de trente ans. Sous la présidence d’Omar Bongo, le code de 1999 avait en effet élargi les mailles du filet citoyen, reconnaissant comme Gabonais d’origine toute personne née sur le territoire, fût-elle de parents étrangers. Une approche pragmatique, voire diplomatique, qui visait à cimenter l’unité d’un pays carrefour, terre d’accueil historique au sein de la sous-région. Aujourd’hui, en resserrant les critères autour de l’histoire pré-coloniale et de la lignée, le Palais du Bord de Mer entend répondre à une frustration populaire latente : celle d’une partie de la population qui s’estimait marginalisée, au profit d’élites naturalisées perçues comme déconnectées des réalités du « terroir ».Pourtant, cette quête de « pureté » administrative s’heurte à une vive opposition. Une partie de la classe politique et de la société civile crie au scandale, dénonçant une loi « identitaire » susceptible de fracturer durablement la nation. Pour les contempteurs du texte, la nationalité ne devrait être liée qu’à l’acte fondateur du 17 août 1960, sans distinction entre lignage ancestral et intégration par le sol. Ils accusent les promoteurs de la réforme de surfer sur des fibres nationalistes dangereuses, au risque de créer des citoyens de seconde zone et d’isoler le Gabon sur une scène continentale où la modernité rime souvent avec brassage et droit du sol.
Au-delà des joutes juridiques, ce bras de fer révèle une profonde crise d’identité. Alors que les défenseurs de la réforme appellent les citoyens à « se cultiver » sur l’histoire de leurs pères fondateurs pour ne plus être les « moutons » de manipulations politiques, les opposants y voient un recul démocratique majeur. Entre la volonté de protéger un héritage autochtone jugé menacé et l’idéal d’une nation inclusive née de l’indépendance, le Gabon se cherche un nouveau contrat social. Le défi pour l’exécutif sera désormais de transformer cette « restauration » en socle de stabilité, sans laisser le pays sombrer dans les travers de la xénophobie ou de l’exclusion.


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