L’ambition mondiale de Macky Sall vient de se heurter au mur du panafricanisme de salon. Alors que l’ancien président sénégalais lorgnait le prestigieux fauteuil de Secrétaire général des Nations unies pour succéder à António Guterres, l’Union africaine (UA) a douché ses espoirs dans une note verbale aussi sèche qu’authentifiée. Selon des sources proches de la Commission de l’UA, le projet de décision visant à soutenir sa candidature a été rejeté après l’opposition formelle de 20 États membres. Pour l’ex-locataire du palais de l’avenue Roume, ce désaveu continental sonne comme une fin de non-recevoir brutale, révélant les fractures persistantes au sein d’une organisation où le consensus est souvent une façade fragile.
La chute est d’autant plus rude que la procédure de « l’approbation tacite », censée faciliter l’adoption du soutien, s’est retournée contre lui. Portée par le Burundi d’Évariste Ndayishimiye, la candidature n’a pas survécu au seuil fatidique des objections : il suffisait qu’un tiers des 55 pays membres dise « non » pour faire dérailler la machine. Si l’anonymat des frondeurs est pour l’instant préservé, ce blocage massif souligne une perte d’influence notable de l’ancien chef d’État sur l’échiquier diplomatique africain. « Le projet n’a pas été adopté », tranche laconiquement l’organisation, laissant Macky Sall sans l’indispensable onction de son propre continent pour la bataille de New York.Au-delà de la personne de Macky Sall, c’est la stratégie africaine pour 2027 qui est remise en question. Alors que le poste de Secrétaire général de l’ONU est théoriquement promis à l’Amérique latine selon une rotation géographique coutumière, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer, enfin, une femme à la tête de l’organisation internationale. Face à des poids lourds comme la Chilienne Michelle Bachelet ou la Costaricienne Rebeca Grynspan, la candidature de l’ancien président sénégalais paraissait déjà audacieuse. En manquant de fédérer sa propre base, il laisse le champ libre à ses concurrents sud-américains, tout en exposant les rancÅ“urs tenaces que sa gestion de la fin de mandat au Sénégal a pu laisser chez certains de ses pairs.
Le calendrier onusien, qui prévoit une prise de fonction au 1er janvier 2027, impose désormais une redistribution des cartes. Sans le bloc de l’UA derrière lui, le chemin vers le 38e étage du United Nations Plaza devient un mirage pour le Sénégalais. Ce revers pose également la question de la solidarité africaine face aux enjeux globaux : l’Afrique a-t-elle raté une occasion de peser ou s’est-elle simplement épargnée une candidature clivante ? Entre les accusations d’ingérence et les calculs géopolitiques, le rêve international de Macky Sall s’étiole, rappelant que dans les couloirs d’Addis-Abeba, le respect se gagne parfois plus difficilement que les élections.


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