Le constat est sans appel et les chiffres, vertigineux. Lors de sa visite à la prison centrale de Port-Gentil le 23 mars dernier, Augustin Émane, ministre chargé des Droits humains, a touché du doigt une réalité que les murs de l’institution ne parviennent plus à contenir. Conçue en 1970 pour accueillir 250 pensionnaires, la maison d’arrêt de la capitale économique croule aujourd’hui sous le poids de 1 007 détenus. Avec un taux d’occupation frôlant les 402 %, l’établissement n’est plus seulement saturé ; il est devenu le théâtre d’une crise humanitaire où le simple fait de nourrir les personnes privées de liberté relève désormais du défi logistique quotidien.
Au cœur de cette surpopulation, un mal structurel ronge l’appareil judiciaire gabonais : la systématisation de la détention préventive. Alors que le Code pénal la consacre comme une mesure exceptionnelle, elle semble être devenue la norme dans les couloirs du palais de justice de Port-Gentil. Sur le millier de détenus, une écrasante majorité d’hommes attendent toujours un jugement, s’entassant dans des cellules prévues pour quatre fois moins de monde. Cette lenteur procédurale, loin de valoriser l’image du pays, transforme la détention en une peine par anticipation, bafouant au passage les standards internationaux en matière de droits humains.Face à cette « exception » devenue règle, l’exécutif a décidé de passer à l’offensive. Après avoir orchestré la libération de 274 prisonniers maintenus illégalement dans les geôles de Libreville, le ministre Augustin Émane entend décliner cette opération de désengorgement à l’échelle nationale. Pour Port-Gentil, l’enjeu est immédiat : identifier les profils dont le maintien en cellule relève de l’aberration juridique. Cette purge nécessaire vise non seulement à restaurer la dignité des détenus, mais aussi à redonner une crédibilité à une action publique qui peine à masquer les carences de son infrastructure pénitentiaire vieillissante.
Cependant, le chantier reste immense. Si la mise en liberté des détenus sans titre est une réponse d’urgence, elle ne saurait occulter la nécessité d’une réforme profonde de la carte carcérale. Dans un pays qui aspire à la « restauration » de ses institutions, la situation de la prison de Port-Gentil agit comme un puissant rappel : la modernité d’un État se mesure aussi à la qualité de son système pénitentiaire. Pour Augustin Émane, le défi sera de transformer ces annonces en une politique pérenne, capable de mettre fin à l’ère de l’asphyxie carcérale pour laisser place à une justice plus humaine et surtout, plus diligente.
Yolande ABORE


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