Dans l’arène politique gabonaise, les fantômes de l’élection d’août 2023 ont la vie dure. Invité à s’exprimer sur sa lecture de la situation nationale, Albert Ondo Ossa n’a rien perdu de sa lecture erronée de la politique nationale actuelle. Se drapant dans la toge de la « seule autorité politique crédible » du pays, l’ancien candidat de la plateforme Alternance 2023 refuse obstinément de ranger ses habits de prétendant. Pour lui, le 30 août n’était pas une libération, mais un hold-up institutionnel perpétré . Pourtant lui, n’a pas été désigné Vainqueur officiel de l’élection présidentielle.
C’est donc une posture de résistance qui, si elle flatte ses partisans les plus radicaux, semble de plus en plus déconnectée de la realpolitik de Libreville. Le discours d’Ondo Ossa repose sur une affirmation aussi spectaculaire qu’invérifiable,voire innommable : « 80 % du peuple veut chasser Oligui Nguema », affirme-t-il. En se perdant dans ces arguties chiffrées sans fondements statistiques réels, l’universitaire qui prédit depuis des décennies le chaos au Gabon, semble s’enfermer dans une tour d’ivoire de légitimité théorique et abracadabrantesque. Si la ferveur populaire autour du pouvoir aurait pu connaître des érosions naturelles liées à l’usure du pouvoir et des mesures essentielles mais pas souvent très bien perçues par la population, prétendre qu’une écrasante majorité souhaite le départ du président relève davantage du vÅ“u pieux que de l’analyse factuelle.
En s’agrippant à sa victoire prétendument volée par les Bongo, Ondo Ossa feint d’ignorer que le logiciel politique du pays a radicalement changé de paradigme.Cette radicalité verbale interroge sur la capacité de l’homme à avoir une lecture réaliste des avancées significatives actuelles que connaît le pays. En ne reconnaissant aucune légitimité aux autorités actuelles, l’ancien qui refuse de prendre sa retraite politique, se place de facto en marge des processus de concertation nationale. Sa rhétorique, axée sur la dénonciation d’un « coup d’État de palais », peine à masquer ses propres turpitudes : l’absence d’une structure partisane solide et une isolation croissante au sein d’une opposition qui, pour une large part, a choisi de jouer le jeu de la participation ou d’une critique constructive.Face à lui, Brice Clotaire Oligui Nguema avance avec la force de l’exécution. En multipliant les chantiers d’envergure — des voiries urbaines à la relance du secteur minier — le Chef de l’État oppose des résultats concrets aux diatribes de son rival. Pour le régime de la Cinquième République, la meilleure réponse aux accusations d’illégitimité reste la satisfaction des attentes sociales.
Tant que les routes se construisent et que les réformes structurelles avancent, les « vérités des urnes » d’Ondo Ossa risquent de ne trouver d’écho que dans les cercles restreints d’une contestation nostalgique.En fin de compte, Albert Ondo Ossa joue son va-tout médiatique. En se posant comme l’unique recours, il tente de maintenir la flamme d’une opposition de principe. Mais dans un Gabon qui a soif de pragmatisme et de transformation, les discours incendiaires sans propositions alternatives peinent à mobiliser les foules. Le « professeur » court le risque de devenir le spectateur amer d’une histoire qui s’écrit désormais sans lui, au rythme des décrets et des coups de pioche du Palais de la Rénovation.
OPHS


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