Le Gabon consolide son rang de premier de la classe technologique dans la zone CEMAC. Selon le dernier rapport de The Vienna Institute for Global Studies, Libreville trône au sommet du classement numérique régional, confirmant une avance stratégique prise depuis plus d’une décennie. Cette distinction vient saluer une vision de long terme portée sur le développement des infrastructures de base, notamment la fibre optique et la connectivité internationale.
Cependant, ce leadership reste en trompe-l’œil : si le pays dispose des fondations nécessaires pour devenir un hub digital, la transformation réelle des usages et de l’économie peine encore à franchir le cap de l’industrialisation numérique.En effet, derrière les distinctions internationales, des zones d’ombre persistent dans le déploiement opérationnel. La digitalisation de l’administration publique, promise comme le levier d’une gouvernance plus transparente, souffre de lenteurs bureaucratiques qui freinent la fluidité des services aux usagers. Parallèlement, alors que les champions continentaux comme le Kenya ou le Nigeria basculent déjà dans l’ère de la 5G, le Gabon temporise encore son entrée dans le très haut débit mobile de nouvelle génération. Ce décalage entre l’infrastructure disponible et le service final crée une forme de frustration chez une population jeune, hyper-connectée, mais dont les ambitions se heurtent à un écosystème de startups encore au stade embryonnaire.Malgré ces vents contraires, le modèle gabonais demeure la référence incontestée de la sous-région.
Les efforts consentis pour moderniser le cadre réglementaire et attirer les investissements dans les infrastructures critiques sont des signaux forts envoyés aux partenaires au développement. Pour les autorités gabonaises, l’enjeu des prochaines années sera de transformer ce leadership d’infrastructure en un leadership de services et d’innovation. Le passage d’une « économie de câbles » à une « économie de solutions » est la condition sine qua non pour que le pays ne se contente pas de dominer les classements, mais devienne un véritable moteur de croissance inclusive par le digital.
Moore, Journaliste stagiaire


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