À Yaoundé, le chiffre donne le tournis : 60 milliards de FCFA. C’est le montant annuel des pertes qui s’évaporent dans les circuits tortueux de la fraude à l’électricité au Cameroun. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a sonné la fin de la récréation le 12 mars lors d’un grand oral face aux associations de consommateurs. Manipulation de compteurs, branchements sauvages et raccordements clandestins : le réseau de l’opérateur historique Eneo est littéralement vampirisé. Pour stopper l’hémorragie, le gouvernement lance ce 15 mars une opération « coups de poing » d’envergure nationale, une offensive musclée visant à assainir un secteur électrique au bord de l’asphyxie financière.
Au-delà du manque à gagner colossal, c’est toute la stabilité du réseau national qui vacille sous le poids de l’informel. Avec plus de 1,7 million de clients officiels, les infrastructures de distribution peinent à supporter la surcharge imposée par les raccordements illégaux. Ces derniers, véritables bombes à retardement, sont pointés du doigt comme les principaux responsables des explosions de transformateurs et des incendies domestiques qui endeuillent régulièrement les quartiers populaires de Douala et Yaoundé. Pour l’Arsel (le régulateur) et la Sonatrel (le transporteur), l’équation est simple : sans une réduction drastique de ces pertes non techniques, les 1 600 MW de capacité installée du pays ne suffiront jamais à garantir un service de qualité.L’enjeu de cette opération de salubrité publique dépasse le simple cadre comptable.
Ces 60 milliards de FCFA perdus chaque année représentent autant d’investissements sacrifiés qui auraient pu financer l’extension du réseau ou la maintenance des centrales hydroélectriques, piliers du mix énergétique camerounais. En mobilisant conjointement les forces de régulation et les équipes techniques d’Eneo, Yaoundé envoie un message clair aux « fraudeurs » de tout poil, qu’ils soient industriels ou particuliers : la régularisation n’est plus une option, mais une question de survie pour le modèle économique de l’énergie au Cameroun.


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