Au Cameroun, le calendrier électoral ressemble de plus en plus à un horizon qui se dérobe. À l’occasion de la 60e Fête de la Jeunesse, le 10 février, le président Paul Biya a tranché : les élections législatives et municipales, déjà reportées une première fois, connaîtront un nouveau décalage. Invoquant des « contraintes impérieuses », le chef de l’État prolonge de fait le bail des députés et des conseillers municipaux, dont les mandats sont techniquement expirés.
Une manœuvre qui, bien que constitutionnelle selon la présidence, installe un flou persistant sur le renouvellement de la classe politique.Cette annonce intervient dans un climat de réorganisation feutrée au sommet de l’État. Entre les lignes de son discours, Paul Biya a laissé entrevoir les contours d’un vaste chantier de gouvernance : le renouvellement attendu des dirigeants des sociétés d’État et, surtout, la formation d’un nouveau gouvernement. Pour le « Sphinx » d’Étoudi, réélu en octobre dernier pour un huitième mandat, il s’agit de reprendre la main sur une administration en quête de souffle, tout en musclant la lutte contre la corruption, un dossier devenu le baromètre de sa crédibilité.
Face à une jeunesse impatiente, marquée par la précarité de l’emploi, le doyen des chefs d’État africains a joué la carte de la responsabilité et de la protection, notamment envers les jeunes filles. Mais derrière la bienveillance paternelle, l’incertitude politique demeure. En repoussant à nouveau les échéances locales et législatives, Paul Biya confirme son statut de maître absolu du tempo politique camerounais, laissant ses opposants et ses propres partisans dans l’attente d’un calendrier électoral qui, pour l’heure, reste à sa seule discrétion.


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