La province du Haut-Ogooué, bastion stratégique du sud-est gabonais, fait face à une recrudescence inquiétante du trafic de stupéfiants, s’imposant malgré elle comme la principale porte d’entrée du chanvre indien en provenance du Congo-Brazzaville. Les vastes zones forestières et les multiples pistes rurales qui jalonnent la frontière commune offrent un terrain de jeu idéal aux réseaux de contrebande. Pour les autorités sécuritaires de Franceville, cette porosité frontalière n’est plus seulement un défi logistique, mais une menace directe pour la santé publique, alors que les saisies se multiplient sans pour autant tarir un flux alimenté par une demande urbaine en constante augmentation.
Le mode opératoire des trafiquants, de plus en plus sophistiqué, repose sur une connaissance parfaite des failles du dispositif de surveillance. Utilisant souvent des porteurs à pied ou des motocyclistes capables de se fondre dans le tissu local, le « chanvre du Congo » transite par des circuits informels avant d’être redistribué vers les centres miniers et la capitale. Cette économie souterraine prospère sur les difficultés économiques des zones frontalières, où la tentation du gain rapide pousse parfois les populations locales à servir de complices ou de guides. En dépit des efforts de la gendarmerie nationale, l’immensité du tracé frontalier rend tout contrôle hermétique illusoire sans une coopération bilatérale accrue.Au-delà de l’aspect sécuritaire, cette situation met en lumière l’urgence d’une réponse régionale coordonnée entre Libreville et Brazzaville.
Si les coups de filet se succèdent, ils ne touchent souvent que les petites mains du trafic, laissant les têtes pensantes des réseaux opérer en toute impunité de part et d’autre de la ligne de démarcation. Pour le Haut-Ogooué, l’enjeu est désormais de transformer cette « porte d’entrée » en un véritable rempart, en renforçant les moyens matériels des postes-frontières et en développant des programmes de sensibilisation destinés à une jeunesse de plus en plus exposée à ces substances dévastatrices.


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