Dans le Nord du Gabon, la commune de Bitam s’illustre par une initiative audacieuse pour pallier les lenteurs administratives nationales. Jules Mbele Asseko, président du conseil municipal, a décidé de prendre directement à sa charge le paiement des enseignants bénévoles de sa juridiction. Cette mesure, qui court jusqu’en juin prochain, prévoit une allocation mensuelle de 50 000 francs CFA par enseignant. En s’immisçant ainsi dans la gestion d’un dossier traditionnellement régalien, l’édile bitamois choisit la politique du fait accompli pour éviter une paralysie des structures scolaires locales à quelques mois des examens de fin d’année.
Cette décision met en lumière un mal endémique du système éducatif gabonais : la dépendance structurelle aux enseignants dits « bénévoles », qui tiennent à bout de bras de nombreux établissements de l’arrière-pays. En attendant que l’État central finalise la procédure de régularisation et d’intégration de ces agents dans la fonction publique, la mairie de Bitam joue les pompiers de service. Si le geste est salué localement comme un acte de solidarité et de leadership, il souligne également la pression croissante qui pèse sur les collectivités locales, de plus en plus sollicitées pour combler les carences de l’administration centrale.Au-delà de l’aspect social, l’initiative de Jules Mbele Asseko pose la question de la pérennité du financement des services publics à l’échelle communale.
En allouant des fonds municipaux à une mission qui relève normalement du budget de l’Éducation nationale, Bitam esquisse un modèle de gouvernance de proximité plus réactif, mais financièrement fragile. Pour les observateurs, ce « plan de sauvetage » temporaire est un signal fort envoyé à Libreville : l’urgence éducative sur le terrain ne peut plus s’accommoder des délais bureaucratiques de la capitale.


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