Dans les couloirs des ministères à Libreville, le terme est sur toutes les lèvres, bien qu’il brille par son absence dans les textes officiels. Le « présalaire », cette allocation perçue par les agents publics en attente de leur intégration définitive, est devenu un véritable angle mort du droit administratif gabonais. Censé être une mesure transitoire et exceptionnelle pour soutenir les jeunes recrues, ce dispositif s’éternise pour des milliers de fonctionnaires, parfois pendant plusieurs années. En décalage total avec la loi portant statut général de la Fonction publique, cette pratique installe une précarité institutionnalisée au cœur même de l’appareil d’État.
L’anomalie n’est pas seulement juridique, elle est aussi sociale et financière. Si le présalaire permet d’assurer un revenu minimal, il prive l’agent de nombreux droits fondamentaux liés au statut de fonctionnaire titulaire, tels que l’avancement de carrière, les cotisations sociales complètes ou l’accès facilité au crédit bancaire. Pour beaucoup d’observateurs, le maintien prolongé de cette mesure traduit les lourdeurs bureaucratiques du circuit de la solde et les difficultés du Trésor public à absorber massivement de nouvelles masses salariales. Ce « purgatoire administratif » finit par éroder la motivation des agents, qui se retrouvent dans une zone grise où leurs devoirs sont immédiats, mais leurs droits différés.Face à cette situation qui s’enkyste, l’opinion publique s’interroge sur la volonté réelle de réforme.
Si des efforts de régularisation ont été annoncés par les autorités successives pour assainir le fichier des effectifs, le flux de nouveaux « présalariés » ne semble pas se tarir. La transformation de ce régime d’exception en une norme de fait soulève un défi majeur pour la gouvernance du pays: comment restaurer l’orthodoxie administrative sans provoquer un choc budgétaire insupportable ? Pour Libreville, la fin du présalaire ne sera pas seulement une victoire technique, mais le signe d’un retour au respect strict de la loi sur la fonction publique.


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