Le paysage politique gabonais est actuellement le théâtre d’une passe d’armes frontale entre le palais du Bord de mer et l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze. Au cœur du litige : le contrat de la multinationale burkinabè Ebomaf, chargée de la construction de l’autoroute stratégique reliant Ntoum à Cocobeach. Alors que l’opposant fustige ce qu’il qualifie de « gouffre financier », le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, a choisi de porter le débat sur le terrain de la souveraineté économique et de l’expertise continentale, fustigeant une certaine forme de complexe d’infériorité post-colonial.
Pour le gouvernement gabonais, le recours au conglomérat fondé par Mahamadou Bonkoungou n’est pas seulement un choix technique, mais un acte politique fort en faveur de la coopération Sud-Sud. Qualifiant d’« inadmissible » le fait que l’Afrique cherche encore son expertise hors du continent au XXIe siècle, un observateur averti revendique un panafricanisme de l’action contre celui des discours. Il n’a d’ailleurs pas manqué de souligner le paradoxe : selon lui, Alain-Claude Bilie-By-Nze n’aurait jamais émis de telles critiques s’il s’était agi d’une firme occidentale, occultant au passage que le coût des travaux actuels, incluant un péage automatique ultramoderne, s’avère nettement inférieur aux estimations initiales de l’ancien régime.
Sur le terrain, la célérité des travaux semble donner raison à l’exécutif. Lancé dès l’arrivée au pouvoir du nouveau chef de l’État, ce projet gigantesque est déjà en phase terminale, un record de moins de trois ans qui contraste avec la lenteur chronique des grands chantiers du passé. En confiant cette infrastructure critique à une expertise africaine, le président gabonais entend démontrer que l’Afrique peut, et doit, se bâtir par ses propres mains. Cette offensive de communication vise également à briser les lobbies qui tentent de maintenir le pays sous la dépendance technologique étrangère, réaffirmant ainsi une ambition de transformation nationale affranchie des anciens circuits d’influence.


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