À Libreville, le dogme de l’exportation brute appartient désormais au passé. Sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, le Gabon a engagé une course contre la montre pour transformer ses richesses naturelles sur son propre sol. L’enjeu est vital : avec une croissance hors pétrole projetée à près de 8 % pour 2026, le pays ne peut plus se contenter de regarder ses grumes de bois et son minerai de manganèse quitter le port d’Owendo sans valeur ajoutée. Cette urgence industrielle est portée par une stratégie d’investissement quinquennale de plus de 4 500 milliards de FCFA, visant à faire du « Made in Gabon » non plus un slogan, mais le moteur d’une économie résiliente face aux chocs mondiaux.
Le secteur forestier, pionnier de cette mutation, montre la voie. Après avoir interdit l’exportation de grumes dès 2010, le Gabon s’attaque désormais à la généralisation de la « troisième transformation ». L’objectif pour 2026 est clair : rendre les meubles, parquets et charpentes gabonais plus compétitifs sur les marchés internationaux grâce à une fiscalité incitative. En passant d’une industrie de débitage à une manufacture de précision, le pays ambitionne de doubler ses recettes forestières tout en créant des milliers d’emplois qualifiés. Cette montée en gamme, soutenue par des investissements massifs dans la Zone d’Investissement Spéciale (ZIS) de Nkok, sert de modèle pour les autres piliers de l’économie nationale.Dans le secteur minier, le paradigme change également d’échelle. Le Gabon, qui vise une production de 2 millions de tonnes d’alliages de manganèse d’ici 2029, multiplie les projets d’unités de transformation locale à Moanda et Franceville. L’idée est de capter une part croissante de la valeur ajoutée mondiale des métaux critiques, essentiels à la transition énergétique.
Cependant, cette ambition se heurte à un défi structurel majeur : le déficit énergétique. Pour lever ce verrou, le gouvernement accélère les partenariats public-privé dans l’hydroélectricité et le solaire, conscient qu’il n’y aura pas d’essor industriel durable sans une énergie abondante, fiable et abordable pour les usines.L’industrialisation du Gabon est devenue le baromètre de sa souveraineté économique. En investissant massivement dans ses richesses locales — du bois aux mines, en passant par l’agro-industrie pour réduire une facture d’importation alimentaire de 250 milliards de FCFA — le pays redéfinit sa place dans la chaîne de valeur globale.
Le succès de cette transition repose désormais sur la capacité de l’État à maintenir l’attractivité de son cadre réglementaire tout en formant une main-d’œuvre locale capable de piloter ces nouvelles unités industrielles. Si le pari est gagné, le Gabon pourrait bien devenir, d’ici la fin de la décennie, le laboratoire d’une Afrique centrale qui ne se contente plus de fournir le monde, mais qui produit pour lui.


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