Le dimanche 1er février 2026 restera comme une date charnière dans l’histoire de l’administration burkinabè. À l’heure du journal de 20 heures, les téléspectateurs de la RTB ont découvert, avec une stupéfaction mêlée de satisfaction pour beaucoup, des séquences de caméras cachées mettant en scène des fonctionnaires en plein acte de corruption. Du policier monnayant une contravention au médecin conditionnant un acte médical à un paiement occulte, la « preuve par l’image » est devenue la nouvelle arme de choc du capitaine Ibrahim Traoré.
Cette stratégie de l’exposition publique, orchestrée par le KORAG (Comité de réflexion sur l’action gouvernementale), marque la fin de l’ère de la sensibilisation pour entrer de plain-pied dans celle de la sanction immédiate et spectaculaire.Pour les autorités de Ouagadougou, cette « révolution progressiste populaire » vise à briser le sentiment d’impunité qui gangrène les services publics. En infiltrant des agents munis de moyens techniques de pointe dans les couloirs des ministères et les commissariats, le régime militaire entend instaurer une culture de la peur chez les fonctionnaires indélicats. Le message est d’une clarté chirurgicale : chaque bureau peut être le théâtre d’un enregistrement et chaque transaction illicite peut conduire à une radiation sans préavis. Cette approche radicale répond à une attente sociale forte, dans un pays où le racket administratif est souvent perçu comme une taxe supplémentaire imposée aux plus vulnérables.Au-delà de l’effet de surprise, ce dispositif s’accompagne d’une modernisation des procédures pour réduire les interactions physiques propices aux pots-de-vin.
L’introduction des cartes de réquisition « Laabal » pour les infractions routières, permettant un paiement électronique direct au Trésor, en est l’illustration parfaite. Le gouvernement fait le pari que la technologie, associée à une surveillance numérique constante, finira par assainir des secteurs jugés structurellement corrompus. Les fonds ainsi récupérés sont d’ores et déjà fléchés vers l’effort de guerre et la sécurité nationale, liant ainsi directement la probité administrative à la survie de l’État.Toutefois, cette méthode de la « délation filmée » ne manque pas de soulever des questions sur le respect des libertés individuelles et les dérives potentielles d’une justice par l’image. Si l’opinion publique applaudit massivement ces « flagrants délits » télévisés, les défenseurs des droits de l’homme surveillent de près l’équilibre entre la nécessaire lutte contre la corruption et le droit à une procédure équitable. Pour le Burkina Faso, l’enjeu de 2026 est colossal : prouver que cette thérapie de choc peut transformer durablement les mentalités sans transformer l’administration en un panoptique permanent où la méfiance l’emporterait sur l’efficacité du service public.


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