L’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze semble avoir entamé une périlleuse gymnastique comptable pour tenter d’exister dans le nouveau paysage politique gabonais. Pourtant, la rigueur économique est une discipline qui tolère mal l’approximation. Alors qu’il avance un taux d’endettement de 57 % du PIB lors de son départ de la Primature, les institutions de Bretton Woods, FMI en tête, rectifient le tir avec une froideur chirurgicale : la réalité se situait plutôt autour de 70,5 %. En franchissant les plafonds communautaires de la CEMAC, l’ancienne équipe laissait derrière elle une ardoise qui contraste avec l’actuelle embellie macroéconomique, marquée par une notation souveraine rehaussée par Bloomberg et une gestion désormais jugée « soutenable ».
Sur le front social, l’indignation de l’ex-chef du gouvernement face à la détresse des enseignants confine à la comédie. Comment justifier qu’une majorité au pouvoir durant plus d’une décennie ait pu maintenir un gel quasi total des recrutements et des avancements, créant une bombe à retardement que les autorités actuelles s’attachent aujourd’hui à désamorcer ? La méthode actuelle, privilégiant le dégel progressif des situations administratives et la création de 55 000 emplois en un temps record, s’oppose radicalement à la politique du slogan. Là où certains préconisaient de « poser l’argent sur la table » — une pratique d’arrangements d’un autre âge — l’exécutif actuel choisit la régularisation pérenne des postes budgétaires.L’amnésie d’Alain-Claude Bilie-By-Nze s’étend également aux chantiers de prestige du passé. Critiquer aujourd’hui la réhabilitation de la Cité de la Démocratie ou les investissements d’infrastructure revient à occulter les milliards de francs CFA engloutis dans l’organisation de deux CAN successives, dont l’héritage économique reste, pour beaucoup de Gabonais, quasi invisible.
De même, sa discrétion sur les enjeux de souveraineté — comme le refus de Libreville de transformer le pays en centre d’accueil pour détenus étrangers en échange de faveurs diplomatiques américaines — interroge sur sa vision réelle de l’intérêt national face aux pressions extérieures.L’agitation de l’ancien Premier ministre trahit sans doute une inquiétude plus personnelle que républicaine : celle de voir le calendrier institutionnel se dérouler jusqu’à son terme avec des résultats tangibles. Si la trajectoire de création d’emplois se confirme et que la dignité de l’État est restaurée, l’horizon 2032 s’obscurcit pour ceux qui ont longtemps confondu gestion publique et arrangements politiques. Pour le Gabon, l’heure n’est plus aux joutes oratoires, mais à la validation d’un bilan qui, à terme, sera le seul juge de la légitimité au sein de l’arène démocratique.


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