Le Laboratoire national du bâtiment et des travaux publics (LNBTP) traverse une zone de fortes turbulences, illustrant les fragilités persistantes de la gouvernance des entités publiques gabonaises. Au cœur de la tempête, un audit du cabinet O&M Groupe a révélé un « trou » financier de 300 millions de FCFA, vestige d’une gestion comptable restée muette depuis 2015. Ce désert de justificatifs a poussé le Conseil d’administration (CA) à prendre une décision radicale le 9 janvier dernier : la suspension immédiate du Directeur Général, Didier Koumba Bamby. Mais ce qui devait être une procédure d’assainissement classique s’est mué en un bras de fer politique inédit, révélant les lignes de fracture entre les organes de contrôle et la tutelle ministérielle.
L’intervention d’Edgard Moukoumbi, ministre de tutelle, a jeté un froid sur les velléités de réforme du Conseil d’administration. En exigeant, par courrier le 28 janvier, l’annulation de la suspension du DG pour « immixtion manifeste », le membre du gouvernement a ouvert une crise institutionnelle majeure. Pour le ministère, le PCA a outrepassé ses prérogatives, la révocation ou la suspension d’un dirigeant nommé en Conseil des ministres relevant, selon cette lecture, du seul pouvoir exécutif. Ce bouclier administratif, perçu par les agents du LNBTP comme une forme de protection inconditionnelle, pose la question de l’autonomie réelle des conseils d’administration face au poids du politique.Sur le terrain, l’ambiance vire au vaudeville tragique. Malgré sa mise à l’écart initiale, Didier Koumba Bamby aurait repris possession de ses bureaux dans des conditions musclées, au mépris de l’intérim de Ludovic Mbouala Mamongo. En coulisses, les griefs s’accumulent : des rumeurs persistantes évoquent un compte occulte logé à la BGFI et des doutes sur les qualifications académiques du DG.
Si le cabinet du ministre rappelle avec insistance que les détournements incriminés couvriraient une période antérieure à la nomination de l’actuel dirigeant, cette ligne de défense peine à convaincre une opinion publique de plus en plus allergique à l’impunité, surtout lorsque les portes des bureaux sont littéralement forcées.Cette affaire dépasse désormais le simple cadre d’un litige de gestion pour devenir un test de crédibilité pour l’État gabonais. À l’heure où la restauration de la transparence est érigée en priorité nationale, le spectacle d’un ministre bloquant les sanctions d’un organe de contrôle envoie un signal brouillé aux partenaires financiers. Le LNBTP, maillon essentiel de la qualité des infrastructures, se retrouve otage d’un conflit de compétences qui fragilise sa mission de service public. Les prochains jours diront si la rigueur comptable l’emportera sur les solidarités de corps, ou si le statut d’« intouchable » reste une réalité dans les arcanes du pouvoir gabonais.


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