Au sein du paysage politique gabonais, Alain-Claude Bilie-By-Nze demeure une figure aussi clivante qu’insaisissable. L’ancien Premier ministre, passé maître dans l’art de la communication, semble aujourd’hui engagé dans une quête de réhabilitation qui interroge jusque dans son propre camp. Ses affirmations durant la transition, notamment sur une prétendue offre du poste de Premier ministre qu’il aurait déclinée, n’ont pas réussi à convaincre. Pour de nombreux observateurs à Libreville, cette narration se heurte à la volonté de rupture affichée par les nouvelles autorités, qui ont clairement marqué leur distance avec les piliers de l’ancien système, perçus comme des obstacles à l’alternance.
L’image de l’ancien « porte-parole » est également écornée par des secousses internes à Ensemble pour le Gabon lors de l’élection présidentielle qu’il a lamentablement perdu. Les accusations portées par son ancien allié, Stéphane Iloko, ont jeté un pavé dans la mare. Ce dernier l’avait accusé de manipulation à des fins personnelles et, plus grave encore, d’avoir capté des sommes astronomiques — se comptant en millions de FCFA — au sortir d’audiences officielles. Ces révélations dépeignent un homme acculé, tentant de maintenir son emprise sur un parti inerte, tout en faisant face à des soupçons de prévarication qui ternissent durablement sa crédibilité.Actuellement en Europe, Alain-Claude Bilie-By-Nze use d’une rhétorique bien connue : celle de la victimisation. En affirmant être la cible de menaces téléphoniques incessantes, il tente de construire une stature de martyr politique qui pourrait se voir offrir l’exil. Pourtant, cette stratégie de défense suscite un certain scepticisme. Comment concilier ce récit d’oppression avec la liberté de ton dont il jouit sur le territoire national et sa capacité à multiplier les déplacements internationaux sans entrave ?
Pour de nombreux gabonais, ce discours s’apparente davantage à une manœuvre de manipulation visant à exister médiatiquement qu’à une menace sécuritaire réelle.Le « phénomène » Bilie-By-Nze pose en réalité la question de la place des anciens cadres du régime déchu dans la nouvelle configuration politique. Entre sorties fracassantes sur les réseaux sociaux et démentis embarrassés, l’ancien Premier ministre joue son va-tout. Mais à force de naviguer entre vérités arrangées et accusations mutuelles au sein de sa propre famille politique, il prend le risque de s’isoler définitivement. Dans un Gabon en quête de renouveau, le discours de l’artisan de la communication d’hier semble de plus en plus déconnecté des aspirations d’une opinion publique qui n’est plus dupe des jeux de miroirs.


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