C’est un serpent de mer de l’intégration régionale qui semble enfin sortir de l’eau. Après sept années d’études et d’incertitudes sous l’égide de la CEMAC, le projet de bitumage de l’axe Makokou – Mékambo – Ekata entre dans sa phase active. Long de 260 kilomètres, ce tronçon stratégique n’est pas qu’une simple route provinciale : il constitue le maillon manquant pour une connexion terrestre fluide entre l’Ogooué-Ivindo, au nord-est du Gabon, et la frontière congolaise. Le lancement des travaux, marqué par des rites traditionnels de bénédiction, souligne l’importance vitale de ce chantier pour des communautés locales longtemps restées en marge du développement.
L’enjeu technique est à la mesure de l’investissement. Traversant un relief accidenté et une forêt équatoriale dense, le tracé impose des défis logistiques hors normes. Pour mener à bien cette mission, l’État gabonais a jeté son dévolu sur le géant ghanéen Maripoma Enterprise Limited. Financé par les ressources publiques avec l’appui de financements extérieurs (FINEX), ce projet est un test de crédibilité pour le ministère des Travaux publics. Avec une livraison annoncée pour 2030, Libreville joue la carte de la planification à long terme, espérant transformer ce corridor en un véritable moteur de croissance transfrontalier.Au-delà de la mobilité, c’est toute l’économie de la région qui est en jeu. En désenclavant des localités comme Mékambo, le gouvernement vise à faciliter l’exploitation des ressources naturelles et à dynamiser les échanges commerciaux avec le Congo voisin. Actuellement, le calvaire des usagers sur cette piste boueuse freine toute velléité de commerce structuré.
Le bitumage promis devrait drastiquement réduire les coûts de transport et le temps de trajet, offrant enfin un débouché fiable aux productions locales et renforçant la présence de l’État dans cette zone frontalière hautement stratégique.Toutefois, dans une province habituée aux effets d’annonce, le scepticisme reste palpable. La durée d’exécution de 48 mois et l’ampleur des travaux font craindre à certains de voir ce projet rejoindre la liste des chantiers inachevés. Pour le Gabon, réussir le pari de l’axe Makokou-Ekata, c’est démontrer sa capacité à piloter des méga-infrastructures loin des bases logistiques de la côte. Si le calendrier est tenu, 2030 marquera un tournant historique pour l’Ogooué-Ivindo, transformant un isolat forestier en une plaque tournante de l’intégration centre-africaine.


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