C’est un dossier explosif qui empoisonne le climat social gabonais depuis plus de quinze ans : le blocage des situations administratives de milliers de fonctionnaires. Aujourd’hui, sous l’impulsion de Brice Clotaire Oligui Nguema, une accélération sans précédent est observée pour régulariser les carrières de ceux que l’on surnomme désormais les « oubliés de la République ». Le symbole est fort : des figures comme « Papa Simon » ou « Maman Emma-Rose », nés en 1964 et atteignant l’âge de la retraite cette année, voient enfin leurs dossiers débloqués au moment même de leur départ.
Un dénouement qui, s’il soulage, souligne l’ampleur du traumatisme causé par des décennies d’indifférence administrative.L’enjeu est colossal : environ 27 000 situations sont en attente de traitement. Si les critiques fusent face à la lenteur inhérente à une telle machine bureaucratique, les partisans du pouvoir de transition rappellent l’impossibilité technique de résorber en quelques mois un passif accumulé sur deux septennats. Pour le député Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, figure de proue de ce plaidoyer, il s’agit d’une rupture doctrinale majeure. La consigne semble désormais claire au sommet de l’État : aucun enseignant ne doit franchir le seuil de la retraite sans avoir vu sa situation administrative (reclassement, avancement, titularisation) mise en conformité avec ses années de service.Cette opération de « sauvetage » administratif vise avant tout à garantir une pension de retraite décente. Sans régularisation, de nombreux enseignants se retrouvent à percevoir des pensions calculées sur des indices obsolètes, les plongeant de facto dans une précarité immédiate après des décennies de craie.
En s’attaquant à ce chantier, le régime ne se contente pas de gérer des carrières ; il tente de restaurer la dignité de la fonction enseignante et de stabiliser un secteur éducationnel historiquement frondeur. C’est une stratégie de pacification sociale par la reconnaissance des droits acquis.Cette vague de régularisations agit comme un puissant levier de légitimité pour la gouvernance actuelle. Malgré les frustrations persistantes de ceux qui attendent encore, le fait de voir les « seniors » de l’éducation nationale partir avec leurs droits garantis envoie un signal fort au reste de la fonction publique. Le message est politique autant qu’éthique : sous l’ère Oligui Nguema, le temps de l’indifférence envers les bâtisseurs de la nation est révolu. Reste à savoir si le rythme des régularisations pourra tenir la cadence face à l’urgence sociale et aux contraintes budgétaires d’un État en pleine reconstruction.


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