Le Ministère de l’Éducation Nationale, chargé de la Formation Civique, a tenu à rassurer l’opinion publique en annonçant l’« effectivité » de la reprise des cours dans plusieurs établissements du Grand Libreville. Ce message, porté par les autorités de l’éducation vise à projeter une image de normalisation dans un secteur vital pour la cohésion nationale. Cependant, derrière ce constat officiel, la réalité du terrain dessine un paysage plus nuancé, où le retour sur les bancs de l’école s’opère dans un climat de méfiance persistante entre le gouvernement et les partenaires sociaux.Dans les lycées et collèges à l’intérieur du pays, le spectacle est celui d’une reprise en pointillé.
Si, dans certains établissements, les sonneries ont bel et bien retenti, marquant le retour symbolique des élèves et de leurs enseignants, la crise qui secoue le milieu éducatif n’est pas pour autant résorbée. Pour Libreville, l’enjeu est double : il s’agit de garantir le droit à l’instruction tout en tentant de désamorcer une grogne sociale latente liée aux conditions de travail et aux réformes structurelles engagées. Cette reprise partielle témoigne d’une volonté de ne pas sacrifier l’année scolaire sur l’autel des revendications.Le choix du Grand Libreville comme baromètre n’est pas anodin. Véritable poumon démographique du pays, la zone concentre les défis logistiques les plus complexes. En mettant l’accent sur la reprise dans ce bastion, le ministère cherche à créer un effet d’entraînement pour le reste du territoire. Mais pour les syndicats, le compte n’y est pas encore. Les enseignants qui ont repris le chemin des classes le font souvent sous le poids d’une injonction patriotique, sans que les racines du mécontentement — infrastructures vétustes, retards de paiement, avancements bloqués — ne soient totalement traitées.
Au-delà de la gestion de crise, cette reprise met en lumière la nouvelle doctrine de la « Formation Civique ». En rattachant ce volet au portefeuille de l’Éducation, les autorités gabonaises entendent faire de l’école le laboratoire de la nouvelle citoyenneté. Mais pour que cette ambition porte ses fruits, le gouvernement devra transformer cette reprise « effective » en une stabilité durable. La réussite de ce pari dépendra de la capacité du dialogue social à offrir des garanties concrètes aux enseignants, afin que l’école gabonaise cesse d’être une zone de turbulences pour redevenir un sanctuaire de savoir.


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