Le paysage de la dette souveraine africaine se redessine de manière spectaculaire en ce début d’année 2026. Selon les derniers indices de JPMorgan Chase & Co., le Gabon et le Mozambique viennent officiellement de quitter le cercle très fermé des pays en situation de « détresse financière ». Cette amélioration laisse désormais le Sénégal comme l’unique nation du continent dont la prime de risque souveraine dépasse encore le seuil critique des 1 000 points de base par rapport aux bons du Trésor américain, une barre largement considérée par les marchés comme le marqueur d’un risque élevé de défaut.Pour Libreville, le retour en grâce est particulièrement marqué.
L’écart de rendement (spread) sur la dette gabonaise s’est resserré de 272 points de base cette année pour s’établir à 790. Ce rallye obligataire s’explique par l’optimisme des investisseurs face au rapprochement entre les autorités gabonaises et le Fonds Monétaire International (FMI). « Le marché a réagi de manière très positive », analyse Carmen Altenkirch, analyste chez Aviva Investors, soulignant que la signature imminente d’un programme soutenu par le FMI pourrait faire chuter les rendements obligataires sous la barre des 10 % très rapidement.De son côté, le Mozambique amorce également une sortie de crise, avec un spread tombé à 973 points de base. Bien que le président Daniel Chapo envisage une restructuration de la dette, celle-ci ne devrait intervenir qu’après la conclusion d’un nouvel accord avec le FMI, une démarche qui rassure les créanciers sur la viabilité à long terme des finances de Maputo.
À l’inverse, le Sénégal pâtit des révélations sur l’endettement caché de l’administration précédente, compliquant les efforts du gouvernement actuel pour stabiliser les comptes publics sans passer par une restructuration, une option que Dakar tente farouchement d’éviter.La pression sur le Sénégal est accentuée par des échéances de remboursement imminentes et massives, estimées à 635 millions de dollars pour le seul premier semestre, contre seulement 81 millions pour le Gabon. Alors que les marchés émergents bénéficient globalement d’un regain d’intérêt des investisseurs, le pays de la Teranga se retrouve isolé. Le chemin vers la stabilité s’annonce étroit pour Dakar, tandis que le Gabon semble avoir réussi son pari de restaurer la confiance des marchés internationaux en s’inscrivant dans une trajectoire de rigueur sous l’égide des institutions de Bretton Woods.


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