Le 24 janvier dernier, les équipes du Samu social gabonais ont marqué les esprits en s’aventurant jusque dans les confins de la province du Woleu-Ntem, point de convergence stratégique du pays. À Meyo-Kye, dans la zone dite des « trois frontières », cette incursion humanitaire a pris des airs d’événement national. Dans cette localité où les enjeux transfrontaliers se mêlent aux urgences sanitaires, la distribution gratuite de médicaments, de vivres et de vêtements a provoqué un afflux massif de populations. Pour Libreville, il ne s’agit pas seulement de soigner, mais d’affirmer la présence de l’État là où les alertes sociales étaient devenues particulièrement préoccupantes.

Au-delà de l’assistance médicale, cette opération a servi de démonstration de force douce, ou « soft power », vis-à-vis des pays voisins. La surprise affichée par les populations étrangères installées dans la zone, stupéfaites de la gratuité totale des soins et des interventions chirurgicales, n’est pas passée inaperçue. En érigeant son modèle d’urgence humanitaire en exemple sous-régional, le Gabon projette l’image d’un État protecteur capable d’offrir sans conditions ce que beaucoup d’autres facturent au prix fort. Cette fierté retrouvée des compatriotes frontaliers agit comme un puissant levier de cohésion nationale, validant les sacrifices de soignants mobilisés 24h/24 sur un terrain parfois difficile.Le convoi a ensuite mis le cap sur Bibasse, dans le département du Woleu, révélant en creux les carences structurelles des zones rurales. Dans cette localité quasiment dépourvue de structures de santé fonctionnelles, l’arrivée du Samu social a été vécue comme une bouffée d’oxygène inespérée.

Le manque criant de personnel médical permanent souligne l’importance de ces cliniques mobiles qui, pour beaucoup, représentent l’unique contact avec les services publics de santé depuis des années. Ici, la reconnaissance des populations envers les plus hautes autorités, et particulièrement envers le général Brice Clotaire Oligui Nguema, traduit une attente forte de voir ces actions ponctuelles se transformer en un maillage sanitaire pérenne.Avec 418 prises en charge effectuées en un temps record, le bilan comptable de cette mission atteste de l’immensité des besoins. Si le Samu social a promis de revenir pour traiter les dossiers en attente, cette intervention met en lumière le paradoxe de l’arrière-pays : entre « un peu et rien du tout », le passage des humanitaires a fait office de rempart contre la précarité extrême. Pour le pouvoir de transition, le succès de cette mission dans le Woleu-Ntem est un signal politique clair envoyé à la périphérie du pays : la santé gratuite n’est plus un luxe urbain, mais un droit itinérant destiné à restaurer la dignité des plus vulnérables, un village après l’autre.


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