Le football gabonais continue de naviguer dans des eaux troubles, tiraillé entre des ambitions de grandeur et une réalité structurelle qui peine à muer. Le championnat national, bien que baptisé « professionnel », demeure dans les faits un théâtre où l’amateurisme dicte encore sa loi. Entre des pelouses parfois précaires et des clubs dont l’organisation administrative rappelle davantage le patronage de quartier que la gestion d’entreprise, le fossé se creuse. Malgré les talents bruts qui éclosent chaque saison, le cadre réglementaire et la structuration des effectifs ne répondent toujours pas aux standards d’une ligue de haut niveau.
Pourtant, cette précarité organisationnelle contraste violemment avec l’effort financier consenti par l’État. Chaque année, le Trésor public débloque des subventions massives, se chiffrant en milliards de francs CFA, pour maintenir la compétition sous respirateur artificiel. Ce mécénat étatique, unique par son ampleur dans la sous-région, est censé couvrir les salaires des joueurs et les frais de fonctionnement des clubs. Dans les couloirs du ministère des Sports, on s’interroge de plus en plus sur l’efficacité de cet investissement qui semble, pour l’heure, combler des déficits plutôt que de bâtir une économie sportive viable.Le malaise est profond : cette dépendance totale aux deniers publics a fini par anesthésier l’initiative privée. Les présidents de clubs, transformés en gestionnaires de subsides, peinent à attirer des sponsors ou à monétiser leurs droits de diffusion. Sans une véritable stratégie de marketing et une transparence accrue dans la gestion de ces fonds, le National Foot risque de rester ce que les observateurs les plus critiques appellent un « puits sans fond ».
L’argent public, s’il permet au ballon de rouler, ne suffit manifestement pas à créer la valeur ajoutée nécessaire pour exporter le spectacle gabonais au-delà des frontières nationales.Face à ce constat, l’exigence de résultats devient pressante. Le public gabonais, passionné et exigeant, attend une mue profonde qui transformerait ces subventions en leviers de développement plutôt qu’en simples aides sociales pour sportifs. Pour que le Gabon retrouve son lustre sur la scène continentale, il devient impératif de rompre avec ce modèle de « professionnalisme de façade ». Le défi ne réside plus seulement dans le montant des chèques signés par l’État, mais dans la capacité des instances dirigeantes à imposer un cahier des charges rigoureux, capable de transformer enfin le footballeur gabonais en un véritable travailleur du sport.


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