Dans l’écrin solennel de l’immeuble Arambo, à Libreville, le paysage politique gabonais a été sommé de faire sa mue. Ce mercredi 21 janvier, le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, épaulé par son collègue de la Réforme des institutions, François Ndong Obiang, a réuni les états-majors des partis légalement reconnus. Le message est sans équivoque : l’heure de la « rationalisation » a sonné. Pour l’exécutif, il ne s’agit plus seulement d’exister sur le papier, mais de prouver une assise nationale réelle dans un pays où le foisonnement de micro-structures politiques a souvent été pointé du doigt comme un frein à la lisibilité démocratique.
Le cadre de cette petite révolution est la loi n°016/2025, promulguée en juin dernier, qui agit désormais comme un filtre rigoureux. Avec des exigences drastiques — notamment un seuil d’adhésion fixé à environ 18 000 membres répartis sur l’ensemble du territoire — le texte vise à mettre fin à l’ère des partis « mallettes ». En imposant la détention d’un siège social, d’un compte bancaire et, surtout, d’une représentativité élective minimale pour accéder aux financements publics, le pouvoir gabonais entend professionnaliser le débat public, quitte à bousculer les formations les plus fragiles.Pour les leaders politiques, le compte à rebours est lancé. Les dispositions transitoires de la nouvelle loi ne leur accordent qu’un délai de douze mois pour se conformer à ce nouveau canevas normatif. Adrien Nguema Mba a ainsi invité ses interlocuteurs à déposer sans tarder leurs dossiers de régularisation.
Cette démarche doit permettre au ministère de consolider un fichier national fiable, outil indispensable à une aide à la décision plus transparente, mais aussi à un contrôle plus serré des mouvements de fonds et des activités partisanes à travers le pays.Cependant, cette volonté de clarification ne va pas sans soulever des inquiétudes au sein de la classe politique et de la société civile. Si la nécessité de structurer le champ politique est globalement admise, la barre des 18 000 adhérents et l’exigence d’une présence parlementaire font craindre un « verrouillage » au profit des grandes machines électorales. Entre l’ambition d’assainir la vie publique et le risque d’étouffer le pluralisme, le Gabon s’engage dans un exercice d’équilibriste dont l’issue déterminera la configuration des futurs scrutins nationaux.


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