Le Palais du Bord de mer a pris des airs de sanctuaire le temps d’une audience hautement symbolique. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu les membres de la Conférence Épiscopale du Gabon (CEG), conduits par Monseigneur Jean-Vincent Ondo Eyene. Officiellement, les prélats venaient présenter les conclusions de leur 33ᵉ Assemblée plénière, centrée sur « la bonne gestion des biens » et la quête d’autonomie financière de l’Église locale. Mais derrière les questions de gouvernance ecclésiale, c’est bien le pouls de la nation qui a battu au cœur des échanges, l’Église catholique restant l’un des thermomètres les plus fiables de l’opinion gabonaise.
Les discussions ont rapidement glissé du spirituel au temporel, abordant les plaies béantes du tissu social : la précarité des enseignants et l’épineuse question de l’employabilité des jeunes. Dans un contexte où les revendications sectorielles se multiplient, l’épiscopat joue son rôle traditionnel de médiateur et de conscience morale. Pour les évêques, porter ces préoccupations au Chef de l’État est une manière de rappeler que la stabilité du pays ne se mesure pas seulement à ses indicateurs économiques, mais à la dignité de ses travailleurs et aux perspectives offertes à sa jeunesse.Face à ce diagnostic sans concession, le Chef de l’État a plaidé pour une mobilisation collective. Appelant à une restauration des valeurs et à une justice sociale renforcée, Brice Clotaire Oligui Nguema a exhorté l’institution religieuse à ne pas se cantonner à la sacristie. Pour l’exécutif, l’Église doit être un partenaire actif de l’État dans l’encadrement moral et éducatif des citoyens.
Cette demande d’accompagnement spirituel, particulièrement auprès d’une jeunesse en perte de repères, souligne la volonté du pouvoir de s’appuyer sur les structures confessionnelles pour pacifier le climat social.Le geste final de la rencontre — la remise d’une statue de la Vierge Marie au Chef de l’État — dépasse la simple piété. C’est un message politique de protection et d’espérance envoyé à l’ensemble de la Nation. En s’affichant en phase avec l’épiscopat, le président cherche à consolider une union sacrée autour des priorités nationales. Si le dialogue est désormais noué au sommet, le défi reste de transformer ces intentions morales en solutions concrètes pour les enseignants et les jeunes, sous peine de voir la foi en l’avenir s’étioler malgré les symboles de paix.


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