L’arrestation de Marcel Libama, figure historique du syndicalisme enseignant au Gabon, a provoqué une onde de choc dans le secteur éducatif, mais l’exécutif l’assure : il ne s’agit ni d’une dérive autoritaire ni d’une répression politique. Pour les autorités, cette interpellation judiciaire repose sur des faits matériels précis, régis par la loi et non par l’idéologie. Au cÅ“ur du dossier, un principe juridique fondamental : si le droit de grève est constitutionnel, la liberté de travailler l’est tout autant.
En empêchant physiquement l’accès aux établissements, le mouvement bascule du terrain de la revendication vers celui de l’infraction pénale, conformément aux articles 382 du Code du travail et 314 du Code pénal.Le dossier Libama présente une particularité juridique qui fragilise sa position de « martyr » syndical : son statut de retraité. Juridiquement considéré comme une « personne étrangère au service », l’ancien leader n’est plus un agent public actif et n’a donc, en théorie, aucune légitimité à agir à l’intérieur d’un service public en activité. Pour le ministère, un retraité bloquant un établissement ne fait plus du syndicalisme, mais commet une « intrusion ».
Cette distinction est cruciale pour le gouvernement, qui cherche à dépersonnaliser l’affaire pour la ramener à une simple question d’ordre public : peut-on tolérer qu’un ancien employé vienne paralyser une structure des années après son départ ?Sur le terrain, les faits reprochés sont sans équivoque selon les rapports de police : obstructions de l’accès à des bâtiments publics et pressions sur des agents non-grévistes. La note circulaire de mai 2021, qui encadre l’exercice du droit de grève au Gabon, interdit formellement les piquets de grève empêchant l’accès aux locaux et exige la garantie d’un service minimum. En transformant le piquet de grève en barrage infranchissable, les manifestants s’exposent à des sanctions disciplinaires et pénales. Pour Libreville, le message est limpide : « La grève est un droit, l’obstruction est un délit », et la République protège ceux qui travaillent autant que ceux qui revendiquent.
Enfin, cette affaire sert de test de crédibilité pour l’État de droit gabonais. En affirmant que le président n’a donné aucune instruction politique, l’exécutif laisse la justice et les forces de sécurité en première ligne pour appliquer la loi. Cette stratégie vise à montrer que nul n’est au-dessus des textes, quel que soit son prestige ou son passé militant. Le dialogue reste ouvert, mais il ne saurait se tenir sous la menace du désordre. Pour les observateurs, l’enjeu dépasse le cas Libama : il s’agit de définir les lignes rouges d’un nouveau contrat social où la liberté de revendiquer s’arrête là où commence l’entrave à la continuité du service public.


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