Alors que le football africain vibre au rythme d’une renaissance tactique portée par ses propres enfants, le Gabon se trouve à la croisée des chemins. De Dakar à Abidjan, en passant par Bamako, le constat est sans appel : l’expertise locale n’est plus un plan B, mais une formule gagnante. Pour les Panthères, le débat sur l’identité du futur patron du banc dépasse la simple question de nationalité ; c’est un choix de souveraineté sportive.Pendant des décennies, le prestigieux fauteuil de sélectionneur à Libreville semblait réservé aux techniciens venus d’Europe.
Pourtant, les succès récents d’Aliou Cissé avec le Sénégal ou d’Emerse Faé avec la Côte d’Ivoire ont brisé le plafond de verre. Ces « sorciers blancs » n’ont plus le monopole de la gagne.Pourquoi le Gabon ferait-il exception ? Le pays dispose de techniciens diplômés, imprégnés de la réalité du National Foot et connaissant parfaitement les arcanes de la sélection. Un coach local ne débarque pas avec un dictionnaire de traduction ; il arrive avec une lecture socioculturelle immédiate du vestiaire.
Les trois piliers de l’option locale:
– La connaissance du vivier : Contrairement à un expatrié qui se focalise souvent sur les binationaux ou les cadres évoluant en Europe, le sélectionneur local a l’Å“il sur le championnat domestique. C’est la garantie d’une passerelle plus fluide entre les talents de Port-Gentil ou de Franceville et l’équipe nationale.
-La fibre patriotique et la légitimité : Dans un climat où la ferveur populaire est le moteur des résultats, un enfant du pays dispose d’un crédit de confiance initial que les supporters ne demandent qu’à accorder. Il incarne le projet de tout un peuple.
-L’optimisation des ressources : Historiquement, les émoluments des sélectionneurs étrangers pèsent lourd sur le budget du Trésor public. Opter pour une expertise nationale permet un rééquilibrage financier, réinjectant potentiellement ces économies dans la formation et les infrastructures.Le football gabonais a trop souvent souffert de contrats précaires et de passages éclair. Un sélectionneur local s’inscrit, par nature, dans une vision à long terme. Il n’est pas là pour un « coup » ou pour garnir son CV avant de repartir vers d’autres cieux.
Il est là pour bâtir une identité de jeu propre aux Panthères : ce mélange d’agilité, de technique et de résilience qui caractérise le joueur gabonais. « On ne gagne pas seulement avec des schémas tactiques, on gagne avec une âme. Et l’âme d’une équipe se comprend mieux de l’intérieur. »Bien entendu, le talent ne suffit pas. La Fédération Gabonaise de Football (Fegafoot) doit garantir à ce futur sélectionneur les mêmes conditions de travail, les mêmes moyens logistiques et la même autonomie qu’à ses prédécesseurs étrangers. L’heure n’est plus au scepticisme, mais à l’audace.Si le Gabon veut retrouver les sommets du football continental, il doit peut-être commencer par regarder dans son propre jardin. Car après tout, qui mieux qu’un Gabonais pour mener les Panthères vers leur prochain rugissement mondial ?


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