Alors que des rumeurs de blocage de la commercialisation du cacao agitaient la filière, Yves Brahima Koné, le patron du régulateur ivoirien, est monté au créneau. Entre démentis formels et rappel à l’ordre, le « Monsieur Cacao » d’Alassane Ouattara tente de rassurer les marchés et les planteurs.Le 23e étage de l’immeuble Caistab, à Abidjan, a pris des airs de quartier général de crise ce mercredi. Yves Brahima Koné, président du Conseil café-cacao (CCC), y a convoqué la presse pour répondre point par point aux attaques de deux syndicats, l’ANAPROCI et le SYNAPCI. En cause : des allégations faisant état d’un stock de 700 000 tonnes de fèves — près de la moitié de la production nationale — qui seraient bloquées dans les zones de production.« Ces chiffres sont faux et relèvent de la désinformation », a tranché le patron du CCC, invitant les observateurs à constater la fluidité des déchargements dans les ports d’Abidjan et de San Pedro. Selon lui, près de 300 camions sont déchargés quotidiennement, signe que la machine tourne.
La bataille du prix et de la traçabilité:
Au-delà de la polémique sur les stocks, l’enjeu est avant tout financier. Cette campagne 2025-2026 est historique avec un prix bord champ fixé à 2 800 FCFA le kilogramme. Un niveau jamais atteint qui aiguise les appétits mais suscite aussi des résistances. Le CCC dénonce des tentatives de pression visant à faire baisser ce prix sous prétexte d’un cacao ivoirien devenu « trop cher » sur l’échiquier mondial.Sur la question des camions immobilisés aux abords des ports, Yves Brahima Koné s’est montré intraitable : pas de documents, pas de déchargement. En invoquant le système des « connaissements » en vigueur depuis 2018, le régulateur réaffirme sa volonté de lutter contre la fraude et d’assurer une traçabilité sans faille, condition sine qua non pour maintenir la crédibilité du label ivoirien à l’international.
Le producteur, « acteur principal » du gouvernement:
Dans ce bras de fer, Abidjan joue gros. Le cacao reste le poumon de l’économie ivoirienne et une source de stabilité sociale majeure pour le pouvoir en place. En martelant que « toute la production sera achetée » et que l’État assumera ses responsabilités, le président du CCC envoie un message clair aux paysans : le gouvernement est leur premier bouclier.« Sans planteurs, il n’y a pas de cacao. Sans cacao, il n’y a pas de chocolat », a-t-il rappelé, tout en exhortant les acteurs de la filière à privilégier le dialogue plutôt que la confrontation. Une manière de rappeler que dans la guerre du « carat brun », l’unité nationale reste la meilleure arme contre la volatilité des cours et les pressions extérieures.


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