Alors que la grogne des enseignants sature l’espace public gabonais, un paradoxe saisissant émerge à Libreville. D’un côté, une volonté politique affichée par le « Palais Rénovation » ; de l’autre, une machine administrative qui semble gripper les rouages du changement. Pour les observateurs, le procès fait au chef de l’État dans cette crise relève d’une erreur de cible.
Un bilan politique sans précédent:
Depuis le « Coup de la Libération », le secteur éducatif a bénéficié d’une cure de jouvence budgétaire et infrastructurelle inédite. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : rétablissement des bourses scolaires, gratuité des inscriptions pour 200 000 élèves et livraison de 196 salles de classe. Des campus emblématiques comme l’Université Omar Bongo (UOB) ou l’USTM de Masuku sortent enfin de l’abandon.Pourtant, malgré ces investissements massifs, le malaise persiste. Vacations impayées et carrières bloquées alimentent la colère des syndicats. Mais là où certains voient un désengagement du pouvoir, la réalité pointe plutôt vers des dysfonctionnements structurels ancrés depuis plus d’une décennie.
L’audit : la vérité qui dérange ?
Pour sortir de l’impasse, le président de la République a abattu une carte maîtresse : l’audit intégral du système éducatif. Cet outil de transparence visait à assainir des fichiers administratifs opaques, truffés de doublons et d’irrégularités.Étonnamment, cette proposition s’est heurtée à un silence assourdissant. Ce blocage interroge : qui a intérêt à maintenir le flou là où les enseignants réclament justice ? Refuser l’audit, c’est refuser la vérité des chiffres qui permettrait de régulariser enfin les situations administratives.
Le message est désormais clair : on ne peut plus protéger les défaillances des ministères sectoriels en exposant le sommet de l’État. La « Vème République » en gestation appelle à une culture de la performance et de la redevabilité. Si la vision est impulsée au plus haut niveau, son exécution repose sur une chaîne administrative qui doit désormais rendre des comptes. L’avenir de l’école gabonaise ne se jouera pas seulement dans les budgets, mais dans le courage de briser les résistances bureaucratiques.


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