À Dakar, face à son homologue mauritanien, le Premier ministre sénégalais a balayé l’idée d’une restructuration de la dette, malgré un endettement record. Une posture de défi qui place la souveraineté économique au cœur de la doctrine du nouveau régime.Le ton est donné. Fidèle à sa ligne de « rupture patriotique », Ousmane Sonko a profité de la visite officielle du Premier ministre mauritanien, Moctar Ould Djay, pour adresser un message clair aux partenaires financiers internationaux, Fonds monétaire international (FMI) en tête : le Sénégal ne touchera pas à la structure de sa dette.
La dette comme champ de bataille:
Alors que les chiffres hérités de l’ère Sall donnent le tournis — un endettement avoisinant les 119 % du PIB — la question d’une restructuration semblait, pour beaucoup d’observateurs, inévitable. Pas pour la primature. « Cette position engage l’ensemble de l’exécutif », a martelé Ousmane Sonko, fermant ainsi la porte à toute négociation sur un rééchelonnement qui pourrait être perçu comme un aveu de faiblesse ou une mise sous tutelle.Pour le chef du gouvernement, la viabilité de la signature sénégalaise n’est pas négociable. Il en veut pour preuve la capacité du pays à honorer ses engagements depuis dix-huit mois sans perfusion directe des programmes d’appui extérieurs, en s’appuyant notamment sur le marché financier régional de l’UEMOA.
Le procès du « laxisme » passé:
L’exercice de communication ne s’est pas arrêté à une simple déclaration d’intention. Ousmane Sonko a pointé du doigt la co-responsabilité des institutions de Bretton Woods dans la situation actuelle. En dénonçant les « dérives financières » du régime précédent, il suggère que le FMI a manqué de vigilance, voire de rigueur, dans son rôle de surveillance durant la dernière décennie. « Nous ne subirons pas de restructuration imposée », semble dire Dakar, préférant la thérapie de choc interne à l’ingérence externe.
Pour soutenir cette ambition, le gouvernement mise sur une stratégie en deux temps : -Rationalisation budgétaire : Une réduction drastique du train de vie de l’État. – Mobilisation des ressources : Un plan de redressement qui aurait déjà permis de dégager près de 960 milliards de FCFA supplémentaires pour le budget 2026.En affichant cette fermeté, Ousmane Sonko joue gros. Si cette stratégie de « souveraineté assumée » rassure une base électorale sensible au discours décolonial, elle oblige le Sénégal à une discipline budgétaire de fer pour éviter le défaut de paiement. À Dakar, le pari est lancé : prouver que l’on peut assainir les finances publiques sans passer par les fourches caudines de la restructuration internationale.


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